Apéro Sciences, le commencement !

Dans cet article, je vais vous décrire ce que j’ai vécu il y a quelques semaines, lorsque j’ai pu assister à mon premier Apéro-Science. Ce dernier se déroula au café-théâtre du Bilboquet à Fribourg. Un endroit fort sympathique se situant à côté des anciens bâtiments de la chocolaterie « Chocolat Villars ».

Arrivée…

Il est 18h30 lorsque j’arrive devant le café-théâtre et j’y rejoint un ami que j’ai invité pour l’occasion. Nous nous rendons alors à l’intérieur et passons par un petit bar bien sympathique. Une charmante dame me propose une petite bière (gratuite mais à consommer avec modération) et nous propose de rejoindre la salle où se déroule l’événement. Nous entrons donc dans une seconde salle. Cette dernière a des airs de mini théâtre. Ici, les gens sont nombreux, la lumière est légèrement tamisée et le calme règne. Le public, multigénérationnel, semble très attentif à ce qu’il se passe sur la scène. Je suis tout de même très surpris d’apercevoir un petit enfant de 2 ou 3 ans qui se balade un peu vers la porte d’entrée. Serait-ce là un futur scientifique ? Quoi qu’il en soit, ce cadre quelque peu original semble parfait pour se poser tranquillement et s’enivrer, l’espace de quelques petites heures, de concepts scientifiques et ce hors du cadre universitaire.

Les séminaires…

Etant arrivé peu avant la fin du premier séminaire, je ne saurais dire exactement de quoi il parlait mais je me rappelle de sa conclusion. Il y avait quatre images comportant chacune deux individus et deux voitures. Toutefois, les positions de chacun-e-s changeaient suivant les images. Le but étant que le spectateur puisse dire quelle était l’image identique à celle présentée au début du séminaire. On peut voir qu’il y a ici un exercice de mémoire qui s’est, en l’occurrence, avéré peu fructueux du point de vue des spectateurs. Mais rassurez-vous, ce résultat était tout à fait normal et anticipé par le chercheur. Dans la seconde présentation, ce furent les sujets du sommeil, de la mémorisation et des sens qui ont été abordés. L’avant-dernier sujet traité a été la différence de mémorisation des visages par les individus super-physionomistes d’une part et ceux souffrant de la prosopagnosie d’autre part. Les premiers sont capables de reconnaitre avec facilité les visages tandis que les seconds en sont incapables. Enfin, le dernier séminaire a porté sur les différences entre le SNP (système nerveux périphérique) et le SNC (système nerveux central). En effet, selon ce que j’ai pu comprendre, le premier arriverait à se réhabiliter d’une manière autonome tandis que le second n’en serait pas capable. Ce problème est notamment la cause de l’avancée des maladies dégénératives telles que la Sclérose en plaques. Des chercheurs désirent donc mettre en place un système qui puisse permettre au SNC de se recomposer comme le fait le SNP. Ce dernier exemple montre que j’ai pu apprendre quelques notions scientifiques lors de cet événement et je peux vous promettre que ce n’était pas gagné d’avance … vu mes modestes résultats scolaires dans ce domaine. Ceci est bien la preuve que l’organisation des Apéro-Sciences et la vulgarisation scientifique qui y est mise en avant peut permettre à tous de comprendre des sujets pouvant paraître bien compliqué lorsqu’on les aborde en cours ou dans les livres.

 Fin et réflexion…

A la fin de cet événement si peu familier, en ce qui me concerne, j’ai pu me rendre compte que le milieu des sciences expérimentales n’est pas un monde destiné à m’être inconnu. Je n’en ferais très certainement pas mon métier mais l’Apéro-Science auquel j’ai assisté m’a ouvert les yeux sur un monde que je croyais incompréhensible. Sachant que je ne suis pas un cas à part entière par rapport à mes semblables, je suis convaincu que vivre une telle expérience serait enrichissant pour n’importe qui. Que ce soit pour un novice ou un expert dans le domaine, il est toujours intéressant de se plonger dans un environnement peu commun pour devenir, l’espace d’un instant, l’auditeur d’un scientifique qui se plie au difficile exercice qui est de vulgariser la science en 20 minutes. Alors profitez de vivre cette expérience au moins une fois dans votre vie !

Luca Crausaz

Apéro Sciences, une verrée pour s’imprégner de la culture scientifique !

Apéro Sciences : comment allier le plaisir de boire un verre tout en s’imprégnant de la culture scientifique ?

La toute jeune association Apéro Sciences, visant à promouvoir la recherche auprès du grand public et les sciences populaires auprès des académiciens, promet de faire de grandes choses. Voici quelques questions auxquelles Benoîte Grisouard et Anne-Laure Pittet, les deux co-créatrices ont volontiers accepté de répondre.

« Il n’y a pas besoin d’être quinze, on peut commencer à deux et en trois mois tout peut démarrer ! » [Anne-Laure Pittet]

Comment se sont-elles rencontrées et de quelle manière le projet a-t-il démarré ?

Benoîte Grisouard, biochimiste et docteure ès neurosciences, et Anne-Laure Pittet, docteure ès sciences de la vie, sont deux jeunes femmes qui se sont rencontrées lors du Exposure Science Film Hackathon de 2016. Lors de cette rencontre il leur est venue l’idée de créer une association de sciences populaires. Elles avaient, toutes les deux, le même besoin de communiquer et de mettre en relation les scientifiques avec la population. Au fil de leurs propres parcours, elles ont, elles-mêmes, dû parler de leurs résultats de recherche à des personnes n’ayant aucune connaissance vis-à-vis de leurs domaines. Elles ont dû vulgariser leurs propos et cela a fonctionné. Alors pourquoi ne pas étendre ce concept vers d’autres horizons ?

Quel est le but des Apéro(Neuro)Sciences ou Apéro(Goût)Sciences ?

Ces apéros se veulent être des lieux de rencontre où tout individu peut venir découvrir des aspects originaux de la neuroscience lors des apéros du même nom ou sur le goût et l’alimentation lors des Apéros(Goût)Sciences. Le but de ce projet est de promouvoir les sciences populaires et la recherche auprès du grand public en lui proposant des séminaires gratuits. Quatre scientifiques sont invités à venir présenter leurs thèmes de recherche a un public qui pourra, ensuite, poser toutes les questions qu’il désire et dialoguer avec l’orateur lors d’un apéritif offert. Une seule règle se voit imposée aux orateurs, cette dernière étant de parler en langue française. Il s’agit là d’un sacré défi car la recherche se fait principalement en anglais. Afin de garantir un bel équilibre, les quatre orateurs invités sont toujours un doctorant, un post-doc (personne disposant d’un doctorat et qui commence à être indépendant dans ses recherches), un jeune chef de groupe (MER le plus souvent) et d’un chef de groupe confirmé tel un Professeur. Les organisatrices tiennent à promouvoir la diversité lors de leurs apéros, en invitant notamment des chercheurs de l’UNIL, de l’EPFL et du CHUV. Au final, les Apéro-Sciences ont pour but de mettre en relation deux populations qui normalement ne se côtoyent que peu et ne se comprennent pas forcément. Ainsi, chacun peut apprendre de l’autre.

Est-ce que ce concept existait déjà avant ?

Ce concept existait, en effet, déjà en Angleterre mais sous la forme d’un festival. Apéro Sciences a décidé d’organiser ces événements dans un cadre différent. Dans des villes dynamiques, comme Fribourg ou Lausanne, les endroits originaux sont monnaies courantes et l’idée de s’imprégner de ces derniers pour organsier des « talks » a semblé être une évidence. De plus, le souhait de rendre ces rendez-vous gratuit apporte encore un parfum particulier. Cela permet à l’ensemble de la population d’y aller et ouvre les portes à une plus grandes diversité générationnelles et d’opinions.

Quel accueil a été fait à vos projets ?

Ces séminaires ont déjà eu un bon accueil qui venait non seulement du public mais également des scientifiques qui ont trouvé l’exercice de vulgarisation très intéressant. Les orateurs ont volontiers répondu aux invitations de l’association. La mise en place de ces Apéro-Sciences semble, aujourd’hui, répondre à un besoin certain de la population. Une preuve de plus que l’accueil de ce genre de projet est plus que positive vient du fait que l’organisation de la semaine du cerveau a tout de suite accepté le concept.

Pourquoi faire ces apéros hors des murs de l’académie ?

Les organisatrices ont voulu trouver des lieux insolites où les personnes se sentiraient détendues comme, par exemple, le Vinyle Club. Cette volonté de s’installer dans des endroits originaux est dû, notamment, au fait d’empêcher que certains se sentent mal à l’aise dans un auditoire et d’autres part il faut être conscient que les étudiants qui passent la plupart de leurs temps au sein de telles institutions. préféreraient peut-être continuer à approfondir leur savoir autour d’un petit verre qu’ailleurs.

Quelle est la population touchée par ce concept ?

Il y en a deux types. D’un côté, ce sont des individus de moins de 25 ans qui sont aux études et qui prennent du plaisir à venir s’instruire hors des cours. Ils viennent s’enivrer de sciences un endroit généralement familier tel qu’un bar où le lien entre l’orateur et le public est beaucoup plus intense que lors d’une conférence officielle à l’université.

Puis, d’un autre côté, il y a les individus de plus de 65 ans qui disposent d’un certain temps libre dû à la retraite. Apéro Sciences permet de créer de belles rencontres entre ces deux générations et les scientifiques.

De qui est composée cette équipe ?

En plus des deux co-créatrices Benoîte Grisouard et Anne-Laure Pittet, l’association comprend des « event managers ». Ces derniers sont doctorants ou jeunes chercheurs et ils constituent une aide précieuse au sein de l’organisation des différents événements. Parmis eux, il y notamment Florian Udry et Anna Surowska qui défendront bientôt leurs thèses de doctorat et s’occupent de l’événement qui va avoir lieu à Lausanne le 15 mars prochain ; et Dr. Alexandra Sousek qui a soutenu sa défense l’été passé qui organise l’évenement du mardi 13 mars à Fribourg.  L’organisation de ces « talks » n’est qu’un point positif dans la carrière de ces jeunes chercheurs. L’horizon du chercheur doit être élargi et ne pas se concentrer uniquement sur des recherches.

Luca Crausaz